Antoine Arjakovsky : « Les événements auxquels nous assistons aujourd’hui affaiblissent grandement le projet politique impérial de Poutine »

La semaine dernière, l’église orthodoxe ukrainienne a obtenu son indépendance, après 332 ans de tutelle russe. Malgré les menaces et les pressions du Patriarcat de Moscou, Constantinople rétabli une vérité historique qui embarrasse grandement le Kremlin. Quelles sont les raisons et les conséquences possibles de cette décision ? Antoine Arjakovsky, fondateur de l’Institut d’études œcuméniques de Lviv, historien français et le codirecteur du pôle « Société, Liberté, Paix » a accepté de répondre à ces questions.

Que signifie cette autocéphalie accordée par le patriarcat de Constantinople à l’Église orthodoxe d’Ukraine ?

Pour moi, ce qui se passe est un vrai Maïdan. Le Maïdan qui a eu lieu en février 2014 était politique, mais il n’allait pas encore au fond du problème. Il y a une couche encore plus profonde et moins visible de l’identité nationale qui est une couche spirituelle et religieuse qui était vérolée, malade d’un conflit très ancien entre Moscou et Constantinople. Depuis plusieurs siècles les chrétiens orthodoxes en Ukraine ont demandé à être reconnus comme formant une Église locale. Cela leur a d’abord été refusé par Constantinople, puis par Moscou. D’ici la fin de l’année, après que les évêques des trois Églises séparées (patriarcat de Kiev, Église autocéphale et une partie de ceux appartenant à l’Église orthodoxe ukrainienne relevant de la juridiction de Moscou) se seront réunis en concile, le patriarche de Constantinople accordera aux chrétiens orthodoxes en Ukraine (ils sont plus de 25 millions !) la possibilité de former une Église locale. L’événement est vraiment historique.

Quelle est la source de ce conflit ?

J’insiste souvent sur le fait que le moment de rupture évident à partir duquel les deux héritières de la Rous’ de Kiev (l’Ukraine et la Russie– NDA) ne s’entendent plus est le concile d’union de l’ensemble de la chrétienté tenu à Florence en 1439, accepté par le métropolite de la Rous de Kiev qui était à l’époque sous domination polono-lituanienne, alors qu’il a été refusé par la Moscovie (le nom de la Russie à l’époque – NDT). On voit bien que déjà au 15ime siècle, nous avons deux options complètement différentes par rapport à l’héritage chrétien de la Rous’ de Kiev. Mais il faut répondre de façon plus précise. En 1686, il y avait la guerre entre l’empire russe et l’empire Turc ottoman. A cause de cette guère, le patriarche de Constantinople de l’époque, Denisios IV, ne pouvait plus envoyer de métropolites grecs à Kiev. Il a alors écrit une lettre au patriarche de Moscou pour dire qu’il accordait le droit au patriarche de Moscou de nommer le métropolite de Kiev dès lors que ce dernier nommait en premier dans les diptyques lors des liturgies le patriarche de Constantinople. Mais ce n’était qu’une concession provisoire et conditionnelle, chaque mot est important.

Aujourd’hui le patriarche Bartholomée rappelle que son siège de Constantinople n’avait accordé qu’une concession provisoire, et que le territoire de l’Ukraine reste le territoire canonique du Patriarcat du Constantinople, puisque ce sont des Grecs qui ont évangélisé la Rous’ de Kiev. Donc c’est la première justification du patriarche du Constantinople aujourd’hui pour expliquer son intervention dans les affaires ukrainiennes. La deuxième explication qu’il donne c’est que la concession qu’il a donnée en 1686 par cette lettre qu’il a envoyée à Moscou était conditionnée au fait qu’à Kiev on continuait à nommer Constantinople comme le primus inter pares, ce qu’on ne fait plus depuis longtemps, ce qui n’est pas acceptable pour lui, surtout dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne. C’est la raison pour laquelle il annule cette concession provisoire de 1686 comme l’atteste sa déclaration du 11 octobre dernier.

Mais il y a aussi une troisième raison. Il considère que l’anarchie qui règne dans l’Église orthodoxe en Ukraine depuis 1991 est très dommageable au témoignage de l’Église du Christ. En tant que primat de l’ensemble du monde orthodoxe, il a le droit de recevoir des procédures d’appel pour trancher dans un conflit. C’est la raison pour laquelle il a levé les anathèmes qui pesaient sur Mgr Philarète et donne la chance aux Ukrainiens de se réconcilier. En contrepartie le patriarche Philarète, qui n’était reconnu par personne jusqu’à présent dans le monde orthodoxe, accepte que le futur chef de l’Église réconciliée, c’est-à-dire lui puisqu’il a toutes les chances d’être élu, reçoive des exarques de Constantinople le titre de métropolite et non pas de patriarche.

Constantinople rajoute en plus encore un argument, le plus important peut-être, l’argument massue contre lequel Moscou ne peut rien dire, c’est que traditionnellement dans l’histoire de l’Église, et depuis le 5ème siècle après JC, le patriarcat de Constantinople se trouve en deuxième position dans les dyptiques. Depuis le schisme survenu après le concile de Florence entre Moscou et Constantinople, cette dernière s’est retrouvée en charge du service d’unité au sein de l’Église d’Orient. C’est pourquoi Constantinople a accordé l’autocéphalie aux Églises qui le souhaitaient et qui étaient mûres pour cela. Il l’a fait pour la Serbie, pour la Roumanie, pour la Bulgarie, plus récemment en 1924 pour la Pologne. Ainsi, puisqu’on n’a pas réussi à se mettre d’accord sur les règles d’attribution de l’autocéphalie lors du processus préconciliaire récent, et que Moscou a même refusé que ce sujet soit à l’ordre du jour du concile panorthodoxe de Kolymbari tenu en Crète en juin 2016, le synode de l’Église de Constantinople continue donc à faire ce qu’il a toujours fait, c’est-à-dire d’accorder l’autocéphalie de son plein droit aux Églises qui sont mûres pour entrer dans un processus d’autogestion et de communion avec les autres Églises locales.

Depuis 30 ans, Constantinople reçoit des appels des Églises qui considèrent être injustement brimées, notamment elle en a reçu de Philarète (Denyssenko), la tête du patriarcat de Kiev, et de Mgr Makari (Maletitch) de Lviv, l’actuel chef de l’Église autocéphale ukrainienne. Elle a étudié leurs cas et, à la suite d’une longue enquête, a annulé l’anathème qui avait été proclamé contre eux, en considérant que les anathèmes qui portent sur ces personnes n’ont pas été motivés par des raisons religieuses, donc elles ne justifient pas l’excommunication. C’est ainsi que la semaine dernière, Mgr Philarète de Kiev et Mgr Makari de Lviv ont été lavés de tout soupçon et ont été réintégrés dans la communion avec l’Église de Constantinople. C’est un geste que ces évêques attendaient depuis de très nombreuses années. Le 21 octobre, devant la cathédrale sainte Sophie à Kiev, des dizaines de milliers de fidèles orthodoxes, à commencer par le président Porochenko, mais aussi les principaux responsables des Églises en Ukraine, sont venus les féliciter et se réjouir avec eux de cette reconnaissance désormais inter-ecclésiale et internationale de l’Église orthodoxe ukrainienne.

Doit-on s’inquiéter des conflits que cette décision peut provoquer ?

Le patriarcat de Moscou réagit très mal. Il répète la même erreur qu’en 2016 en refusant de venir au concile panorthodoxe. Il a annoncé par son synode à Minsk le 15 octobre qu’il rompait ses liens avec Constantinople. Il entre ainsi sur une voie d’auto-isolement. Cela pourrait provoquer un schisme dans le monde orthodoxe. Pour des raisons purement géo-politiques et idéologiques, le patriarche de Moscou, qui se prend pour le chef de la 3e Rome, ose interdire à ses fidèles de communier au corps et au sang du Christ dans les églises de juridiction grecque, comme au Mont Athos par exemple, et surtout comme dans de nombreuses paroisses orthodoxes en Europe occidentale et aux États-Unis. Mais déjà, une pétition d’orthodoxes russes circule pour que le patriarche annule sa décision. Et en France, les églises relevant de Constantinople ont annoncé qu’elles continuaient à accueillir à la communion tous les fidèles du patriarcat de Moscou.

Certes, aujourd’hui Moscou pousse toutes les Églises orthodoxes à la suivre dans le schisme, donc Constantinople peut se retrouver en danger.

Certes aussi, comme je le dis depuis longtemps (par exemple dans mon livre « Qu’est-ce que l’orthodoxie ? », Gallimard, 2013), l’Église Orthodoxe est malade depuis de nombreuses décennies et souffre en particulier d’une crise d’identité. Pour moi, le renouveau de l’Église Orthodoxe ukrainienne peut permettre aux autres Églises orthodoxes de sortir de leur vision très conservatrice et très déconnectée de la réalité. On va probablement assister à des divisions et à des tensions croissantes entre, d’une part, des Églises humbles, ouvertes, œcuméniques, qui acceptent de dialoguer avec le monde moderne, et d’autre part des Églises de plus en plus dépendantes de courants fondamentalistes et qui ne parviennent pas à reconnaître leurs responsabilités dans les blessures du passé. Je regrette que les Églises de Moscou, d’Antioche, de Bulgarie et de Géorgie aient refusé de venir au concile panorthodoxe en Crète, un concile qui avait pourtant été préparé pendant plus de 50 ans, car cela aurait pu éviter que le conflit éclate aujourd’hui.

Quelles peuvent être les conséquences politiques de cette décision ?

D’une part il est clair que le président Petro Poroshenko (le président ukrainien – NDT) va gagner des points en popularité pour les prochaines élections présidentielles en mars et pour les élections parlementaires en septembre-octobre 2019. L’autre conséquence politique : t que « l’Eglise orthodoxe ukrainienne relevant du patriarcat de Moscou » devra désormais s’appeler « exarchat du patriarcat de Moscou en Ukraine », ce qui est un changement symbolique capital en termes de « nation building ». Il est vrai que c’était gênant pour l’Ukraine d’avoir à l’intérieur de ses frontières une Église qui ne reconnaissait pas le fait que la Russie est un agresseur et qui pouvait même contribuer à soutenir la cause séparatiste, ce qui est le cas notamment dans le Donbass comme l’a montré, preuves à l’appui, Tatiana Derkatch dans son dernier livre. C’est un changement symbolique qui permet d’avertir les Ukrainiens que le patriarcat de Moscou a le droit d’exister en Ukraine, – on respecte les libertés de chacun -, mais on ne peut pas le considérer comme représentant l’Église ukrainienne. Et, surtout, la troisième conséquence c’est que beaucoup de paroisses ukrainiennes du patriarcat de Moscou en Ukraine, et il y en a 12 000 environ, auront la possibilité de rejoindre une Église réconciliée, reconnue à l’international, où l’on peut prier en ukrainien et où l’on n’est pas obligé de prier pour le patriarche de Moscou Cyril dont chacun sait qu’il soutient la politique expansionniste du président Poutine.

Il y a des fortes chances pour que, dès l’an prochain, dans ces paroisses il y ait un mouvement d’adhésion au projet d’une Église réconciliée. Il va y avoir des votes, puisque la loi ne permet pas aux évêques de gérer ça, vu que tous les bâtiments ecclésiaux appartiennent à l’État et que ce sont les communautés sur place qui gèrent ces biens de l’État. Ce sera alors aux communautés de prendre leurs responsabilités. Manifestement, il va y avoir deux types de votes. S’il y a plus de 75 % des membres de la communauté qui décident de changer de juridiction, à ce moment la communauté change de juridiction et les bâtiments avec. Alors que si c’est moins de 75 % mais plus de 50 %, le patriarcat de Kiev suggère qu’il y ait un roulement dans la gestion des bâtiments ecclésiaux. C’est à dire qu’un dimanche sur deux ou le matin/l’après-midi, l’autel soit utilisé par la communauté du patriarcat de Moscou et à un autre moment par la communauté de l’église réconciliée. Ça n’a pas vraiment marché lorsqu’il y a eu des tensions au début des années 90 entre les gréco-catholiques et les orthodoxes. C’est précisément là où il peut y avoir des risques de tensions et de violences. Il pourrait aussi y avoir le risque que V. Poutine dise que les orthodoxes du patriarcat de Moscou sont « opprimés » et qu’il viendra les « défendre ». C’est pour cela que c’est une situation extrêmement dangereuse.

Et les conséquences pour la Russie ?

Ce qui peut changer en Russie, c’est que le patriarche Cyril perde beaucoup de sa légitimité. C’est un coup assez rude et pour l’Église du patriarcat de Moscou, qui montre qu’elle est de moins en moins appréciée en dehors de la Russie avec son idéologie du « monde russe » et de la « troisième Rome » censée « apporter le salut à toute la terre ». C’est difficile pour la propagande russe de voir que les Ukrainiens n’adhèrent pas à cela et que Constantinople n’y adhère pas non plus. Les Russes vont prendre conscience qu’ils ne sont pas seuls au monde, que la deuxième Rome n’est pas morte, que Constantinople est partout respectée comme le siège le plus important dans l’Église orthodoxe (alors que Moscou n’est qu’à la 5e place dans les dyptiques). Il y a de plus en plus de gens qui disent que le poste même de Cyril est menacé. Il y a un évêque qui s’appelle Tikhon Shevkunov, qui est très radical et qui pourrait même remplacer Cyril. Comme le rapporte Sergei Chapnin, l’ancien rédacteur en chef de la Revue du Patriarcat de Moscou, que j’ai rencontré récemment à Kiev dans le cadre de notre Commission « Vérité, justice et réconciliation entre la Russie, l’Ukraine et l’Union européenne », il y a beaucoup de prêtres russes aujourd’hui qui disent : « Bien fait pour Cyril ! ». En effet beaucoup de prêtres sont sous une pression croissante des évêques qui les ponctionnent de plus en plus sur le plan financier.

J’espère aussi, entre parenthèses, que face à ce désordre grandissant en Russie, les chrétiens occidentaux vont ouvrir les yeux sur la réalité des traumatismes de cette Église et que les journalistes occidentaux vont cesser d’écrire que Moscou représente « 150 millions de fidèles », car c’est totalement faux. Je rappelle qu’en Russie il y a certes 80 millions de personnes qui se déclarent orthodoxes (soit moins que ce que dit la propagande russe) mais que la pratique religieuse hebdomadaire en Russie est de l’ordre de 2%.

Le fait que l’Ukraine, qui est aussi une source de revenus (notamment pour la vente des cierges) et de séminaristes pour le patriarcat de Moscou, se détache encore plus, cela le fragilise, lui qui fournit encore aujourd’hui le principal ciment idéologique au pouvoir de V. Poutine. Cela fragilise aussi la vitrine d’une Russie forte se situant en continuité directe avec l’Ukraine qu’elle ne considère que comme une voie de passage historique de la Rous’ originelle jusqu’à la Russie d’aujourd’hui. Bien que la dimension religieuse et spirituelle soit plus profonde et moins visible, les événements auxquels nous assistons aujourd’hui affaiblissement grandement le projet politique impérial de V. Poutine.

Entretien réalisé par Anna Jaillard Chesanovska pour l’Union des Ukrainiens de France

La fondation de l’Église Russe comparée à celle de l’Église d’Ukraine, par le métropolite Michel

L’autocéphalie de Moscou, avec son érection comme siège patriarcal, fut obtenue par la force. Une première rupture fut l’auto-proclamation unilatérale de l’autocéphalie et la désignation en 1448 de son nouveau métropolite Jonas sans le consentement de Constantinople. Cette situation non canonique se poursuivit jusqu’en 1558.

Le tsar Fedor Ivanovitch et l’homme fort de la principauté, le régent Boris Godounov, convoquent à Moscou en 1588 le patriarche Jérémie II de Constantinople, affaibli politiquement par la domination ottomane. On commença par restreindre sa liberté en l’empêchant de retourner à Constantinople. Une « tradition » existait alors à Moscou (usage que de nombreux chroniqueurs ont consigné dans leurs récits) : emprisonner les visiteurs étrangers, certes bien accueillis, mais qui n’avaient plus jamais le droit, sous peine de mort, ni de simplement réclamer leur retour dans leur patrie, ni de communiquer avec les non russes de la capitale. Dans ces conditions, on proposa au patriarche de transférer son siège à Wladimir, en arguant qu’en restant à Constantinople, il était sous le joug des Turcs. Devant son refus courageux étant donné les circonstances, on lui proposa plus directement de devenir le patriarche des Russ’ avec comme siège Moscou. Et enfin (nous passons toutes circonvolutions des détails de cette histoire), on fit accepter au patriarche, qui se voyait terminer ses jours sans doute de manière violente à Moscou en cas de refus, d’ériger Moscou en siège patriarcal concomitant avec la déclaration d’autocéphalie ainsi que de procéder à l’intronisation du candidat désigné par le tsar et Godounov après un simulacre d’élection. Le patriarche de Constantinople n’avait jamais pu rencontrer le candidat au préalable !

On procéda donc, le 26 janvier du calendrier julien 1589, non pas à une intronisation, mais à une sorte de re-consécration épiscopale qui s’écartait du typikon orthodoxe traditionnel, en lui imposant l’Évangile avec la prière de la chirotonie épiscopale : «  La grâce divine désigne le très pieux archevêque Job pour devenir patriarche de Moscou et de toute la Russ’ ». Mais Jérémie ne pouvait rien dire, car il était entre les mains du puissant régent. Il consacra patriarche le favori de ce dernier. Cette mise devant le fait accompli ne le choquait d’ailleurs pas particulièrement, l’usage d’un prince désignant à l’élection du siège primatial un candidat désigné étant répandu dans toutes les monarchies. Cette pratique était en outre celle l’Empire Byzantin du temps de sa splendeur.

Et c’est ici que se place la confirmation pour la nouvelle Église de faire elle-même son Saint Myron. Le patriarche retint l’argumentation suivante : puisque ce droit avait été accordé au Siège de Kiev depuis au moins le XIVe siècle (la date précise n’est pas connue), il était transmis depuis Kiev (qui cependant conservait ce droit) au nouveau Siège de Moscou ! Ainsi, en droit canonique comme en charisme, faire son Saint Myron ne provenait pas d’un droit accordé ce jour-là par le patriarche de Constantinople au Patriarcat de Moscou, mais de la reconnaissance que ce droit ancien provenait du siège de Kiev. Même dans le Saint Myron, la position de la Métropole de Kiev comme Église Mère de Moscou et de toute les Église Russ’ était confirmée. La production du Saint Myron par le siège de Kiev est attachée à sa soumission canonique au patriarcat de Constantinople. Elle constitue la preuve charismatique que le siège de Kiev, en conservant sa capacité de produire lui-même son saint Myron, ne pouvait dépendre de Moscou, ce privilège lui venant directement du patriarcat de Constantinople.

Texte publié le 14 octobre 2018 par Son Éminence Michel (Laroche), évêque de la diaspora ukrainienne et métropolite de Paris et de toute la France.

L’Ukraine, son nom et sa signification, selon le professeur Wolodymyr Kosyk

 

Une carte de l’Ukraine réalisée par un géographe français au XVIIIème siècle

Thucydide, (460 à 400 avant JC), homme politique et historien grec surnommé le « Père de l’Histoire scientifique », recherchait la vérité et écartait scrupuleusement tout ce qui était de l’ordre du mythique ou de la rumeur.

De nos jours, Thucydide, à l’évocation de « l’histoire » de l’Ukraine façonnée par l’historiographie russe tsariste ou communiste, doit se retourner dans sa tombe.

Il est particulièrement aberrant de lire, dans certains ouvrages, que le mot Ukraine, « Oukraina » en russe, signifie « frontière ». Frontière avec qui ? Donner la signification d’un pays voisin dans une langue étrangère est particulièrement incongru et, dans le cas présent, reflète une volonté délibérée de « main mise » sur ce pays et s’en attribuer le passé historique. Ce qui est certain est que Moscou manipule, falsifie, désinforme tout ce qui est relatif à l’Ukraine et à son histoire !

Bohdan Bilot, Président de l’UUF

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L’Ukraine, son nom et sa signification, selon le professeur Wolodymyr Kosyk*

Polanes, Antes et Rous’

Dans la Chronique des temps passés attribuée au moine Nestor, il est écrit que le prince Kyï (lire Kéï) était le fondateur de la ville de Kyiv (Kiev). En tenant compte du contexte international des Vème et VIème siècles, les historiens en déduisent que Kyï était très vraisemblablement une figure historique réelle du VIème siècle et qu’il était le chef (ou prince) de l’union des tribus polanes. Ce prince fit plusieurs campagnes contre Byzance, négocia en 530 avec l’empereur Justinien 1er, lui proposant de protéger les frontières septentrionales de l’empire byzantin contre l’expansion des Slaves. Mais, après l’échec des pourparlers, Kyï abandonna les territoires danubiens et se replia en terre polane dans la ville qui porte son nom(1) encore aujourd’hui.

L’historien ukrainien Mykhaïlo Y. Braïtchevskyi, se référant aux textes des historiens byzantins du VIème siècle, souligne que : «  … les écrivains byzantins appelaient les Polanes du nom d’Antes, et ces Polanes sont directement liés à la Rous’. Leur rôle dans la formation de la Rous’ fut déterminant » (2).

La Rous’ était donc, originellement, le pays des Polanes. D’ailleurs la Chronique des temps passés mentionne que, parmi les tribus slaves orientales, la plus importante était celle des « Polanes que l’on nomme aujourd’hui Rous’ » (3).

Mr Braïtchevskyi en conclut que : « La Rous’, ce phénomène historique nouveau, remplaça l’Union polane (ante) lorsque celle-ci éclata. Il s’est créé sur les ruines de celle-ci une nouvelle Union polane dans de nouvelles limites territoriales », toujours dans la vaste région de Kyiv, capitale de l’actuelle Ukraine (4).

Il existe des indications concrètes selon lesquelles les termes de Rous’, Rhos, Ros, synonymes donnés au Pays de Kyiv ou plus précisément au Pays des Polanes, étaient largement connus au IXème siècle (5). Ils devaient l’être dès le VIème siècle (6). Mr Braïtchevskyi estime, lui, que la nouvelle union étatique appelée Rous’ apparut au VIIème siècle (7).

Dans un autre écrit d’époque, il est mentionné qu’une attaque des Rous’ eut lieu, en 813, contre l’île d’Egine en mer Egée et, qu’en 883, une ambassade du Prince des Ros (Rous’) arriva à Constantinople mais, vu la situation dangereuse qui régnait sur les côtes de la mer Noire, l’empereur byzantin leur enjoignit de rentrer en Rous’ en passant par l’Europe occidentale (8).

Les termes « Rouss’ » et « Ukraine »

En 988, le prince de Kyiv (Kiev) Volodymyr (Vladimir) le Grand, après avoir fait baptiser ses fils, les membres de son conseil, les nobles (boïars), fit du christianisme la religion officielle de son Etat (9).

Mais quel était au juste cet Etat ?

Nous avons déjà vu que, selon la Chronique, « les Polanes, que l’on nomme aujourd’hui Rous’ » (10) vivaient sur le Dnipro (Dniepr) moyen, autour de Kyiv. La chronique évoque une dernière fois ces Polanes en 944 (11), c’est-à-dire peu avant l’adoption du christianisme. Après 944, l’appellation tribale disparaît complètement au profit du nom étatique de Rous’.

Le terme « Terre rous’ » (Rous’ka zemla) est employé pour la première fois en 852. A partir de 912, les deux termes : « Rous’ » et « Terre rous’ » sont utilisés couramment mais, parfois, dans un sens différent : « Rous »’ désignant la métropole tandis que « Terre rous’ » s’appliquant plutôt aux possessions.

L’analyse détaillée des textes de la Chronique montre qu’à cette époque et jusqu’aux XII-XIIIè siècles (selon nous plus exactement jusqu’aux XIIIè-XIVè siècles), le nom de « Rous’ » désignait exclusivement le Pays de Kyiv (la ville et sa région), c’est-à-dire le territoire des Polanes et des autres tribus autour de Kyiv. Puis, comme le constate Mr Braïtchevskyi, la Rous’ engloba « la région du Dniepr moyen avec Kyiv, Tchernihiv (Tchernigov), Pereïaslav et les territoires leur appartenant » (12).

Ceci est confirmé par plusieurs historiens russes. P.N. Tretiakov écrit : « Un Etat est-européen commença à se former ici, longtemps (un à deux siècles) avant l’apparition des Riurikides (13) à Kiev. Il est apparu dans cette partie du Dniepr moyen qui s’appelait Rous’. Longtemps encore, jusqu’aux XIIè-XIIIè siècles, cette région seule a porté le nom de « Rous’ » ou « Terre rous » (14). « La Rous’ n’était que le Pays de Kiev où vivaient les Polanes que l’on nomme maintenant Rous’ » (15).

Son confrère M.N.Tikhomirov écrit également : « Le nom de « Rous’ » est l’antique nom du Pays de Kiev, Pays des Polanes » (16).

De même, M.D. Priselkov et A.N. Nassonov écrivent que le Pays de Rous’ « est une région située aux alentours des trois villes : Kiev, Tchnihiv et Pereïaslav rous’kyï » (17).

Pour résumer, citons encore P.N. Tretiakov : « De nombreux témoignages dans les chroniques prouvent que, jusqu’à cette époque (XIIè-XIIIè siècles) ni les terres de Novgorod, ni celles de Smolensk, ni celles de Rostov et Souzdal, ni celles de Galicie-Volhynie n’étaient appelées Rous’ »(18).

En d’autres termes à l’époque du baptême de Kyiv, et même après, seule la partie centrale de l’actuelle Ukraine portait le nom de Rous’.Les autres territoires de l’Empire n’étaient que des possessions de Kyiv, tout comme la Gaule n’était qu’une possession de Rome, un territoire dans l’Empire romain.

Pour ce qui est des limites territoriales, des historiens situent la Rous’ entre les villes actuelles de Novhorod-Siverskyi au nord (qu’il ne faut pas confondre avec la ville de Novgorod, au nord du lac Ilmen et au sud de Saint-Petersbourg, dans la région baltique), Kremianets à l’ouest (à l’ouest du Horyn, dans l’actuelle région de Ternopil, en Galicie) et Krementchouk sur le Dnipro (Dniepr) au sud (19).

A cette époque, il n’y avait aucune autre Rous’. Et c’est précisément cet Etat-métropole, la Rous’, qui changea son nom en celui d’Ukraine.

Le nom « d’Ukraine »

Le nom « Ukraine » apparaît pour la première fois en 1187 dans la Chronique d’Ipatiev. Depuis cette date, il est utilisé pour désigner plusieurs régions de l’actuelle Ukraine. Utilisé pour un territoire qui n’appartenait ni à la Russie, ni à la Pologne, ce nom ne voulait nullement dire « confins » de ces Etats ! Il prit la signification de « pays », « notre pays ».

Dès les XIVè-XVIè siècles, et plus particulièrement au cours des XVIè-XVIIè siècles, les termes « Ukraine » et « peuple ukrainien » s’emploient parallèlement au terme « Rous’ », puis s’étendent peu à peu vers les territoires de Galicie et de Volynie (20).

C’est la raison pour laquelle les historiens ukrainiens considèrent tout naturellement que Kyiv était la capitale de l’Ukraine médiévale et qu’en 988, c’est l’Ukraine et non la Russie qui a adopté le christianisme. Ils considèrent également que l’histoire de la Rous’ est celle de l’Ukraine et non pas de la Russie.

Notons qu’à l’époque, l’Etat des princes de Kyiv ne portait pas le nom de « Rous’ de Kiev », comme on a pris l’habitude de le dire, mais s’appelait tout simplement « Rous’ ». Les termes « Rous’ de Kiev » et « Russie de Kiev » ont été inventés et imposés plus tard par des historiens russes, surtout à partir du XIXè siècle. En effet, s’il avait jadis existé une « Russie de Kiev », ce territoire devrait faire partie de la Russie tsariste et par conséquent de la Russie soviétique ou de la Russie actuelle.

Rous’ – Ruthénie

Le monde extérieur donnait à l’Etat Rous’ différents noms, plus ou moins invraisemblables et parfois même ridicules.

Dans un texte daté de 959, la princesse Olha (Olga) était appelée en latin Regina Rugorum. D’autres chroniques allemandes et particulièrement celle de Thietmar de Mersebourg, évoquent l’ambassade des Rusciae gentis (des gens roussénes).

A propos du mariage de la fille de Iaroslav le Sage avec le roi de France Henri 1er (19 mai 1051), les sources occidentales contemporaines et ultérieures nomment le prince de Kyiv : Rex Ruthenorum (le roi des Ruthènes), mais aussi Rex Rugorum, Rex Rusicorum, Rex Ruticorum, Rex Rusulordum, Rex Sclavorum, Rex Rabastiac, tec ? (21)

Ajoutons que les Annales Augustines appellent, en 1104, la princesse kiévienne Eupdraxie, malheureuse épouse de l’empereur Henri IV, Rutenorum Regis filia (la fille du roi de Ruthénie) (22).

Un auteur du milieu du XIIè siècle, mentionnant l’une des filles du prince de Kyiv, utilise les termes de Rutenorum seu Chyos Regis filia (la fille du roi de Ruthenie ou de Kyiv) (23).

Ces dénominations n’avaient absolument rien à voir avec la Russie qui se formera plusieurs siècles plus tard. Par contre, le terme de Ruthène est parfaitement acceptable et l’on peut donc affirmer qu’Anne de Kyiv était une Ruthène.

En effet, la Chronique des temps passés mentionne souvent la dénomination ethnique : « Rousséne » ou « Roussyn » (en polonais « Rusin »), notamment dans les traités de 911 et 944 avec Byzance. Plus tard, lorsqu’elle parle du premier métropolite de Kyiv, nommé en 1051, qui n’était pas grec, elle dit « Ilarion, roussène »(24) (le Ruthène Ilarion). Son appartenance ethno-étatique est donc ici bien soulignée. C’est cette même désignation ethnique de « Rousséne », traduite en latin par « Ruthène », qui était utilisée en Rous’, donc en Ukraine qui s’est maintenue jusqu’en 1939 et, tout particulièrement, en Ukraine occidentale***.

En résumé, la Rous’, c’est-à-dire l’Ukraine médiévale, était appelée en latin Ruthenia. C’est pourquoi certains historiens ukrainiens contemporains traduisent avec raison le terme de Rous’ par celui de Ruthénie (25). Cependant, ils le font très timidement car les Russes n’apprécient pas cette traduction et font pression pour que l’on traduise en français ou en anglais « Rous’ » par « Russie » (26). Cette habitude persiste dans les milieux intellectuels français et ouest-européens en général et se retrouve aussi, malheureusement, dans les manuels scolaires.

Moscovie – Rossia – Russie

La Russie n’est donc pas née à Kyiv : le berceau du peuple russe et de l’Etat russe, comme le soulignent certains historiens russes, « était la région de Rostov-Souzdal, sur la base de laquelle s’est formée plus tard l’État russe … ». C’est dans cette région devenue indépendante de Kyiv (donc de la Rous’) en 1132-1135, que s’est formée la Principauté de Moscovie (la ville de Moscou elle-même a été fondée en 1147), ouvrant une étape décisive dans la formation de la future Russie.

Ainsi la Moscovie-Russie naquit et se développa en dehors de la Rous’.

Soulignons par ailleurs que l’adjectif « rous’kéï », dérivé de Rous’, qui fut utilisé dans la chronique de l’époque, n’avait rien à voir avec l’adjectif « russe », dérivé du terme « Rossia » (nom de la Russie actuelle). Le nom « Rossia » n’est apparu que vers la fin du XVème siècle, d’abord comme un terme purement livresque, l’Etat portant toujours le nom de Grande Principauté de Moscou ou de Moscovie. Le nom Rossia est devenu officiel à partir du règne de Pierre 1er.

En conclusion, les termes Rous’ et Russie se rapportent à deux États différents, deux réalités historiques différentes, deux époques différentes et deux peuples différents.

Wolodymyr Kosyk**

Notes :

  1. Voir N.F. Kotliar, S.V. Koulchytskyi, Kiev ancienne et moderne, Kiev, Politizdat de l’Ukraine, 1982, pp.15-21

  2. M.Yu.Braïtchevski, Les origines de la Rous’, Kiev, 1968, p.163

  3. Œuvres complètes des annales russes, (PCRL), Moscou, 1962, vol.1, p.25, vol.2, p.18

  4. M.Yu.Braïtchevski, Les origines de la Rous’, op. cit., Kiev, 1968, p.163

  5. P.N.Trétiakov, Aux origines du peuple vieux russe, Leningrad, 1070, p.14

  6. I.M.Chékera, Les relations internationales de la Rous’ de Kiev, Rome, 1997, Annales Bertiani Hannover, 1883, pp.19-20

  7. M.Yu. Braïtchevski, Les origines de la Rous’, op. cit., p.16

  8. I.M.Chékera, Les relations internationales de la Rous ‘, op. cit., p.25

  9. Ibidem, p.17, p.35

  10. M.Yu.Braïtchevski, Les origines de la Rous’, op. cit., p.162

  11. P.N. Trétiakov, Aux origines du peuple vieux russe, Leningrad, 1970, p.73

  12. Ibidem, pp. 73-74

  13. M.N. Tikhomirov, L’origine des termes Rous’ et Terre rous’, dans « Ethnographie soviétique », vol.6-7, 1947, pp. 60-80 ; P.N. Trétiakov, op. cit.

  14. Cité par P.N. Trétiakov, p. 74

  15. Ibidem, p. 73

  16. Ibidem, p. 76

  17. Voir M.I.Martchenko, Histoire de la culture ukrainienne, Kiïv, 1961, p.69

  18. R.I. Ivanessov, Problèmes de l’histoire de la langue russe, in « Problèmes de la formatio du peuple et de la nation russes », Moscou-Leningrad, 1958, p.176

  19. Continuator Reginanis – MGH SS, vol. 1, p.624 ; Kronika Thitmara, Poznan, 1953 ; Roger Hallu, Anne de Kiev, Reine de France, Rome, 1973, pp. 43-44

  20. op. cit, vol. 1, pp. 34-36, p. 50, p. 52

  21. L.V. Tchérepnine, Les conditions historiques de la formation du peuple russe avant la fin du XVè siècle, op. cit., p. 88

  22. MGH, SS, vol. III, p. 133 ; vol. VI, p.207

  23. MGH, SS, vol. XX, p. 259 ; Otto, Bischof von Freising, Chronik oder die Geschichte der zwei Staaten, Berlin, 1960, S. 536

  24. Cf. Elie Borschak, La légende historique de l’Ukraine, Istorija Rusov, Paris, 1949

  25. Voici quelques exemples de traduction erronée, imposés par les Russes, de textes ukrainiens ou russes. Dans le livre de M. Kotlar et S. Koultchytskyi (édition française : Kiev, 1983) cité au début, non seulement les nom des auteurs ont été transcrits à la manière russe, mais le terme ukrainien Rous’ a été partout traduit par Russie. De même dans la traduction française du livre de B.A. Rybakov (Moscou, 1964) intitulé Les débuts de la Russie (édition française : Moscou, 1966), le terme Rous’ est toujours traduit par Russie et toute l’histoire de la Rous’ est présentée comme les débuts de l’histoire de la Russie. Même chose dans le roman Eupraxie de P.Zagrebelny où les termes Rous’ et Roussène sont traduits par Russie et Russe (édition française, 1984)

  26. L.V. Tchérepnine, Les conditions historiques de la formation du peuple russe avant la fin du XVè siècle, op. cit., p.88. Il est à noter toutefois que les adjectifs rous’ et rouskéï pouvaient parfois être utilisés dans le sens d’appartenance à la confession orthodoxe byzantine dont le métropolite avait son siège à Kiev jusqu’en 1299, avant de s’installer à Vladimir puis, à Moscou, en 1325.

*Extrait de « GOODBYE POUTINE », Ouvrage collectif sous la direction d’Hélène Blanc – GINKGO éditeur, 2015, avec l’aimable autorisation des auteurs.

**Wolodymyr Kosyk était français d’origine ukrainienne, professeur d’Histoire à la Sorbonne

***Dans les territoires d’Autriche-Hongrie peuplés d’Ukrainiens, ceux-ci étaient appelés « Roussens » par l’administration impériale

Le point de vue de Karl Marx, l’historien, sur l’impérialisme moscovite

Dans ses « Révélations sur l’Histoire diplomatique au XVIIIème siècle » (1856 et 1857, The Free Press, Londres), Karl Marx écrivait* :

« C’est dans le marécage sanglant de l’esclavage moscovite, et non dans la rude gloire de l’époque normande1, que se situe le berceau de la Russie. En changeant simplement les noms et les dates, on remarque que la politique d’Ivan III2 et celle de l’actuel empire moscovite ne sont pas que proches, mais identiques…

La Russie a été enfantée et élevée dans l’infâme et avilissante école de l’esclavage mongol, et n’est devenue puissante que grâce à une maîtrise inégalée de l’esclavage. Indépendante, la Russie est restée, malgré tout, un pays d’esclaves. Pierre le Grand a associé la ruse politique d’un esclave des mongols à la grandeur d’un suzerain mongol à qui Gengis Khan3 aurait légué la mission de conquérir le monde.

La politique russe est immuable. Les méthodes et la tactique ont changé, et continueront à changer, mais la boussole de la politique russe – conquérir et diriger le monde – est et restera inchangée. Le panslavisme de Moscou n’est que l’une des formes que prend l’invasion moscovite ».

Karl Marx

1 aussi appelée varègue ou viking.

2 Ivan III (1440-1505), Grand Prince de Moscou.

3 Gengis Khan (1162 – 1227), Empereur mongol.

* Citations agrégées du texte de Marx, traduites de l’ukrainien et tirées du prologue de l’ouvrage « Kraïna Moksel’, abo Moskoviya – roman doslidzhennya » (en ukrainien), Volodymyr Bilinskiy, Éditions Bohdan, Ternopil, Ukraine, 2015 – le texte original de Marx est en anglais. Ce point de vue a été sciemment ignoré et réinventé par « l’historiographie » soviétique.